CONCLUSION GENERALE
Cette thèse, comme nous lavons dit dans lintroduction, est née de la proposition de mon supérieur et de ma communauté. Par obéissance, je me suis lancé dans ce ravail de recherche sur la vie du père Benoît Thuaän, fondateur du premier monastère cistercien au Vieät-Nam, tout en étant conscient des difficultés qui mattendaient.
Trois ans de recherche pour écrire une biographie ne suffisent pas pour un approfondissement de la vie du père Benoît Thuaän. Cette durée ma fourni néanmoins un regard nouveau sur ce qui sest passé dans cette vie. Au long de cette enquête, je suis de plus en plus fasciné par la personnalité du père Benoît Thuaän. En lisant ses documents ses correspondances, ses enseignements spirituels, ses quelques écrits -, en les remettant dans le contexte historique une étude fructueuse en donnant certaines interprétations sur tel ou tel fait ou événement, je me suis senti de plus en plus proche de lui de telle manière que je peux dire que je le comprends de mieux en mieux. Létude que je mène jusquici apporte assurément des intérêts non seulement à moi, mais, je crois, à mes confrères et aussi aux lecteurs, surtout les lecteurs vietnamiens.
Dans ces premiers sentiments que jai envers le père Benoît Thuaän, je me suis assuré quécrire une biographie est possible, quil est possible aussi, grâce à la biographie, de faire ressortir la personnalité, la physionomie dun personnage. Il en résulte que létude sur un personnage objet du travail du chercheur tisse un lien solide entre lhistorien et le personnage. Il est certain quil y a des risques issus de cette relation, notamment quelle retienne peut-être le chercheur dans le subjectivisme ou dans une affirmation de soi excessive.
Pour tenir léquilibre entre la sympathie et la distance, jai recouru aux démarches qui permettent de mieux comprendre le père Benoît Thuaän et de le présenter dans une biographie à la fois historique et théologique. Comme méthodologie, jai regardé la vie du père sous différents angles et à divers niveaux. Il sagit dune mise en scène comme dans une pièce de théâtre. Chaque chapitre, comme un acte, présente le personnage principal sur un fond différent dans le rapport avec dautres acteurs secondaires. Où bien comme une symphonie : un même concerto est interprété différemment par divers instruments de musique. Sil y a répétions de certains morceaux celles des textes ou des faits ou des événements dans mon travail , il ne sagit pas de simples répétitions, mais plutôt dun morceau de musique interprété par dautres instruments.
Dans le premier temps, le personnage raconte sa vie par lui-même. Par ses écrits, jai voulu faire parler le personnage principal, le père Benoît Thuaän. En face des contingences de lexistence, il fait apercevoir sa personnalité, soit par ses pensées sur le sujet abordé, soit par ses gestes ou ses choix. Nulle parole nest neutre, au contraire, elle traduit un sens et soriente vers une certaine perspective. Lindividualité du personnage sy révèle.
Dans le deuxième temps, afin de comprendre ce quil a dit et ce quil a fait, il faut le mettre sur son fond historique. Car rien néchappe à la dimension historique. La rencontre avec dautres personnages, la confrontation avec des événements historiques, des faits marqués par lépoque, font mieux comprendre la personnalité du personnage principal en ce qui concerne ses décisions, ses positions, ses manières de vivre. Dans cette phase, ce nest pas lacteur principal qui parle de lui, mais dautres acteurs parlent, dune manière indirecte, de ce qui sest passé autour de lui. Sur ce fond, le personnage principal sillustre mieux.
Dans le troisième temps, le metteur en scène prend la parole. Sinspirant des paroles et des actes du personnage principal, analysant le monde où il vit, le metteur en scène explique et interprète en montrant aux spectateurs lidentité même du personnage principal. Il donne « âme » aux actes vus et aux paroles écoutées. Il leur donne la possibilité dentrer dans le tréfonds du personnage principal.
Avant de voir le personnage sur un autre fond, lentracte donne aux spectateurs un temps de silence, temps de contemplation. Linterlude est considéré comme ce temps de contemplation avec les yeux intérieurs. Le personnage principal est illuminé dune autre lumière, il est transformé par une autre compréhension. Une autre dimension sest manifestée. Ses paroles, ses actes, imprimés dans la mémoire des spectateurs, prennent une autre signification.
Voilà comment jai procédé à la narration de lhistoire du père Benoît Thuaän. En utilisant le théâtre comme manière de présenter le personnage principal, jai lintention de faire ressortir, dans la mesure du possible, la personnalité et lidentité du père. Cette présentation, basée sur ces démarches, se situe à différents niveaux ou différents registres. Le premier, cest décrire une biographie dun fondateur. Le deuxième, cest aborder la question de la missiologie et de lecclésiologie dans le passage effectué par le père Benoît Thuaän : du missionnaire au moine. Le troisième niveau, la question dune fondation monastique au Vieät-Nam.
Au premier niveau, notre intention est décrire une biographie de notre fondateur. Il sagit dune biographie entre autres. Le livre de Dom Emmanuel Chu Kim Tuyeån sur la vie du père Benoît Thuaän est une référence importante et nécessaire. Car lauteur était un des témoins vivants. Notre travail va dans le même sens. Mais le style et la procédure ne sont pas les mêmes : notre travail nest pas une biographie de type hagiographique, mais une biographie historique et théologique. Dans notre travail, aucune anecdote na été racontée. Par contre, nous avons essayé de mener une enquête plus « scientifique ». Les démarches et la méthodologie le montrent. Si Dom Emmanuel Chu Kim Tuyeån était le contemporain du père Benoît Thuaän, nous nous sentons loin de lui par la distance du temps une centaine dannées et du contexte social, politique et religieux. Cette distance, loin dêtre un manque, constitue pour nous une chance : elle nous permet de travailler plus objectivement et de prendre un recul nécessaire. Dans notre enquête, deux positions constituent les deux bouts dun même fil : la proximité et la distance.
La proximité seffectue par la lecture ou la relecture de ses écrits. Cette lecture nous ouvre de plus en plus à de nouvelles découvertes et nous permet de le comprendre de mieux en mieux. Humainement parlant, nous aimons le père de plus en plus. Sa personnalité, son identité, sa physionomie tant humaine que spirituelle nous fascinent et nous incitent à une découverte plus approfondie encore. La distance ensuite nous facilite un examen plus objectif de ce qui sest passé dans la vie du père. Ce recul nécessaire nous permet de regarder et de voir sous dautres angles que la proximité empêche. Dans notre travail, nous navons pas donné de jugements, mais plutôt des observations et des analyses. Il y a assurément une certaine appréciation de telles ou telles positions du père Benoît Thuaän, mais cette appréciation a été éclairée et justifiée par lobjectivité des faits.
Écrire une biographie, au premier niveau, cest à la fois présenter lhistoire du père Benoît Thuaän et par là inspirer, grâce à la lecture de cette biographie, à nos confrères, un nouvel élan spirituel permettant de vivre authentiquement notre vocation monastique et de préparer fructueusement lavenir du monachisme au Vieät-Nam au début de ce troisième millénaire. Pourtant, notre travail ne porte pas de caractère fonctionnaliste, ni moraliste. Cela est dit pour ne pas nier le fait que cette biographie sera lue et apportera un certain nombre dintérêts aux futures recherches et aux questions posées à notre époque, des questions auxquelles nous trouverons quelques éléments de réponse dans lhistoire du père Benoît Thuaän. Autrement dit, écrire une biographie historique et théologique du père Benoît Thuaän, personnage exceptionnel caché sous une existence normale et ordinaire, cest tenter de tisser un lien entre le passé et le présent : un passé nest pas tout à fait effacé, un présent ne vient pas de rien. Il y a une interrelation, une interaction et une interdépendance entre ces deux temps. Écrire une biographie historique et théologique, cest établir le rôle de la mémoire. Écrire lhistoire du père Benoît Thuaän, cest la raconter dans une démarche de foi : une vie humaine est vécue devant Dieu et lexpérience religieuse comme lieu théologique. Écrire une biographie historique et théologique, cest lacte même de parole. Elle cherche à retrouver le caractère relationnel. Il sagit dun acte dénonciation sadressant à des interlocuteurs, à nos contemporains en ce qui concerne les questions de lhomme et de Dieu.
Situé au deuxième niveau, notre travail a abordé la question de la missiologie et de lecclésiologie comme un arrière-fond de la vie du père Benoît Thuaän. En effet, il est né et a grandi dans un contexte où le courant missionnaire sest développé largement en France. Il a effectué sa tâche missionnaire au Vieät-Nam, pays où la plupart des missionnaires des Missions Étrangères de Paris ont été envoyés. Pourtant, les missionnaires ont vécu dans un contexte difficile : le passage de la colonisation à lindépendance. En exerçant la tâche de missionnaire, le père Benoît Thuaän a suivi un courant decclésiologie de lépoque où lÉglise du Christ sidentifie à lÉglise de Rome. Lecclésiocentrisme en était comme le paradigme.
En ce qui concerne la missiologie de lépoque où vivait le père Benoît Thuaän, la conversion des infidèles fut conçue comme le but principal de la tâche missionnaire. Convertir les infidèles, cest les ramener au bercail du Christ qui est son Église. Cest dans cette perspective que le regard sur les autres religions porta un caractère pessimiste et dans certains cas caricatural. Le christianisme est la seule et vraie religion. Des méthodes ont été appliquées pour arracher les adeptes à leurs religions respectives. La conversion marque un tournant décisif et provoque une rupture totale avec le passé, avec la tradition religieuse. Il semblait quil y ait une perte de lidentité, un abandon de lenracinement culturel chez les néophytes. Le contexte politique rendait plus compliquée la mission de lÉglise dans ce pays. La mission allait de pair avec la force doccupation. Il était difficile de marquer les frontières entre la religion et la politique, entre le missionnaire et un colonisateur. La missiologie se situait donc dans un contexte difficile. Dune manière implicite, il sagit du rapport entre la France et le Vieät-Nam.
De la mise du père Benoît Thuaän dans ce contexte, nous avons tiré deux constats : dune part, il était le contemporain de son époque, dautre part, il trouva un autre chemin pour sortir de lambiguïté de la situation.
Il était contemporain de son époque dans lutilisation des méthodes pour convertir les vietnamiens non chrétiens. Il a assumé une certaine missiologie, influencée par certaines idées en vogue sur la mission de lÉglise. Pourtant, il ne se comportait jamais comme un colonisateur. Nous avons cité le fait quil a recouru aux autorités françaises pour pouvoir protéger ses chrétiens. Mais cest occasionnel, une ou deux fois dans sa vie. Au fil des temps, il gardait de plus en plus une distance par rapport à la force doccupation. Il a choisi le chemin de devenir un Vietnamien, non seulement dans leur manière de vivre, mais dans ce qui constitue lâme même de cette population. La fondation du premier monastère cistercien au Vieät-Nam en est une preuve.
En effet, en fondant un monastère pour les Vietnamiens, le père Benoît Thuaän a voulu élargir la conception de lÉglise. LÉglise doit être présente partout où lÉvangile du Christ est annoncé. La vie de lÉglise doit être répandue dans toutes ses activités. La vie monastique est une des expressions de la vie de lÉglise. Or, la vie monastique nest pas réservée aux « Blancs », aux « cultivés » ou « civilisés », mais elle est un don de Dieu offert à tous, même aux « noirs », aux « jaunes », aux « non-civilisés » ou « demi-civilisés » comme le pensèrent certains à lépoque. Planter lÉglise ne signifie nullement implanter la colonisation. Le père Benoît Thuaän a frayé un chemin permettant aux indigènes aux Vietnamiens de vivre la plénitude de la vie de lÉglise. En approfondissant la culture et la littérature vietnamiennes, en organisant sa fondation à la vietnamienne, le père Benoît Thuaän eut un autre regard sur la mission de lÉglise et sur lÉglise elle-même. LÉglise doit être le lieu où tous peuvent vivre la plénitude de la vie divine.
Jamais le père Benoît Thuaän ne fut un politicien. La politique ne fut pas son occupation. Il nagit pas comme le père Vincent Lebbe en Chine. Pourtant, ses positions concernant lindigénisation ou la vietnamisation traduisirent clairement le chemin choisi et parcouru. Dans la lettre envoyée à labbé de la Pierre-qui-vire, il précisa quune délégation de nombreux moines européens nétait pas lélément décisif et important. Sa vie au Vieät-Nam avec ses contacts quotidiens lui ouvre les yeux pour voir des problématiques issues dune malheureuse identification de la mission de lÉglise à une force politique et leurs conséquences négatives.
Nous pouvons conclure que le père Benoît Thuaän a perçu une certaine idée nouvelle de la missiologie et de lecclésiologie. Il na pas écrit des traités ou des ouvrages concernant ces théologies, mais sa manière de vivre et surtout le fait quil a fondé un premier monastère cistercien, par lui-même, expriment indirectement et discrètement des perspectives nouvelles : limportance de limplantation monastique dans les Églises jeunes, la nécessité de ladaptation à la vie locale, lexigence de lapprofondissement de lâme des populations autochtones pour les servir dignement et efficacement. De ce point de vue, la vie du père Benoît Thuaän porte une dimension prophétique. Cela situe notre thèse au troisième niveau.
Le troisième niveau de notre enquête sur la vie du père Benoît Thuaän tourne autour dune fondation monastique au Vieät-Nam. Nous avons abordé à plusieurs reprises la question dadaptation comme une des singularités de cette fondation. A lépoque où les modèles européens occupèrent le monopôle dans tous les domaines, même dans la vie monastique, le père Benoît Thuaän a choisi un monachisme enraciné dans la culture, la civilisation et la mentalité locales. Il sagissait dune incarnation des valeurs dans la tradition monastique de lÉglise et dune incarnation de la tradition monastique dans les pratiques locales. Cest une sorte dinterpénétration des valeurs. Or, cette incarnation est le fruit des années pendant lesquelles le père Benoît Thuaän a exercé son ministère au cur même de la population vietnamienne. En outre, étant donné quil na reçu aucune formation monastique, sa fondation porte nettement le caractère vietnamien, non seulement dans les pratiques, mais aussi dans la manière de penser et de traduire des expériences spirituelles et mystiques.
Pourtant, lincarnation nest pas lunique dimension qui animait le père Benoît Thuaän lorsquil fonda le premier monastère cistercien au Vieät-Nam. La dimension à laquelle nous pensons est la spiritualité. La vie monastique se voit sous un angle qui est une spiritualité, c'est-à-dire quelle est une voie pour vivre lÉvangile. Après quinze ans de tâche missionnaire, le père Benoît Thuaän fraya un chemin au moyen duquel les chrétiens vietnamiens pourraient vivre la religion chrétienne en profondeur. Cette spiritualité nest pas marquée par des phénomènes spirituels extraordinaires tels que lextase, mais elle soffre à tous, même aux « pauvres petits nhà quê », la classe à laquelle il prête beaucoup dattention. Cela traduit, dans le langage du Concile Vatican II, la sainteté offerte à tous : tous les chrétiens sont appelés à la sainteté.
Plus large encore, la spiritualité est une des composantes les plus importantes dans leffort de planter lÉglise au Vieät-Nam à lépoque du père Benoît Thuaän et aussi pour aujourdhui. En effet, depuis longtemps, les Vietnamiens non-chrétiens voient lÉglise comme une société bien organisée au niveau international comme national, comme une organisation caritative et éducative. C'est-à-dire que les uvres sont regardées comme les activités essentielles de lÉglise. En inspirant la dimension mystique à la vie chrétienne à travers la vie des moines, le père Benoît Thuaän a voulu apporter lessentiel sur lequel se bâtit lÉglise au Vieät-Nam. La spiritualité, loin dêtre une affaire individuelle, porte donc la dimension ecclésiale. Grâce à la spiritualité monastique une voie pour vivre lÉvangile la fondation cistercienne de Phöôùc Sôn, dune manière discrète mais efficace, peut contribuer pour sa part à la vie des chrétiens vietnamiens. Nous pensons que cest une des perspectives vers laquelle sest orienté notre fondateur.
Nous avons parlé de deux manières de construire lÉglise au Vieät-Nam : incarnation et spiritualité. Toutes les deux se croisent et sont interdépendantes. Le dialogue permet de réaliser cette double tâche : dialogue avec les cultures et dialogues avec les religions.
A lépoque du père Benoît Thuaän, le terme d « inculturation » nest pas encore apparu. On utilisait le mot « adaptation ». Il sagissait dun effort pour incarner la vie et le message chrétien dans la culture en question. En ce qui concerne l« adaptation » effectuée par le père Benoît Thuaän dans sa fondation monastique, cette tâche ne se limite pas aux expressions extérieures tels que vêtements ou alimentation comme la plupart de ses contemporains le pensaient, mais elle touche le cur même de la mentalité de la population vietnamienne. C'est-à-dire que le père est entré dans la couche la plus profonde de la constitution de la personne de ce peuple : le monde de la religion.
La religion nest pas dissociée de la culture. Autrement dit, aucune culture nest neutre, elle porte en soi une certaine dimension religieuse. Bien quà lépoque du père Benoît Thuaän, le dialogue interreligieux ne soit pas encore à lordre du jour, il y eut une certaine entreprise dans ce domaine par le biais du dialogue avec la culture. Nous avons beaucoup cité le père Léopold Cadière. Sa recherche sur les sentiments religieux constituait une partie de sa tâche missionnaire et les résultats de son enquête ont beaucoup aidé les missionnaires dans leur mission. Le père Benoît Thuaän, était loin dêtre un érudit dans ce domaine, mais sa compréhension de la culture et de la mentalité des Vietnamiens lui a permis de tisser un certain dialogue. La fondation monastique chrétienne au Vieät-Nam peut être regardée comme un premier pas vers un dialogue plus profond et plus large.
A lépoque du père Benoît Thuaän, la rencontre avec les adeptes dautres religions impliquait une certaine arrière-pensée : convertir au christianisme. Nous avons cité quelques paroles de missionnaires ou dobservateurs des pays asiatiques. A leurs yeux, pour convertir les pays de l'Extrême-Orient profondément religieux, il faut y implanter des monastères. Cette idée exprime bien limportance du monachisme dans le dialogue interreligieux. En effet, au Vieät-Nam comme dans les pays de lExtrême-Orient, la vie monastique est chose honorable et désirable, surtout dans le bouddhisme. Elle constitue un noyau très important de la vie des bouddhistes. Linculturation et le dialogue interreligieux peuvent commencer dans le cadre de la vie monastique. Car, à la limite, les expériences spirituelles pourraient être le point commun, le dénominateur dun éventuel dialogue.
Ces pas vers ces sortes de dialogues, le père Benoît Thuaän ne les a pas effectués. On ne peut pas avancer avant le temps. Pourtant, il a jeté quelques semences dans le sol vietnamien afin que sa postérité, dans le contexte actuel, les fasse grandir et contribue ainsi à la tâche de construire lÉglise du Vieät-Nam. Voilà une des charges que les moines de la Congrégation cistercienne de la Sainte Famille sont appelés à mener, sils se veulent à la fois fidèles à lesprit de leur fondateur et assez courageux pour inventer.
Situé à ces trois niveaux, notre travail sur la vie du père Benoît Thuaän comporte, croyons-nous, un certain intérêt et touche quelques enjeux théologiques quant au contexte daujourdhui et de demain.
En fin de compte, écrire une biographie du père Benoît Thuaän est loccasion de faire mémoire des dons de Dieu. Derrière cette vie, se cache Quelquun sans qui lexistence de notre personnage na pas de sens. Cest aussi pour nous le moment de chanter lamour de Dieu, ses miséricordes : les événements, les faits de la vie de notre fondateur avec ses combats, ses fautes, ses désolations, comme ses consolations, deviennent le lieu de la manifestation de Dieu, et favorisent la relecture dune existence transformée et transfigurée par la Parole de Dieu. Cette biographie a, dès lors quelque chose de contemplatif et deucharistique.
« Le bonheur de notre vie est de devenir un oiseau qui chante sans fatigue les louanges au Seigneur, à lexemple de la Vierge Marie qui est loiseau qui chante le mieux. Que la Vierge Marie nous aide à vivre à son exemple, à la louange au Seigneur. » (DN, n° 128.)