CHAPITRE II
SITUATION DE LA PERSONNE AU VIET NAM
Index
1. Le Vietnamien dans sa famille
a) Autoriteù
paternelle et pieùteù filiale
b) Lesprit de famille
c) Le sens de solidariteù
d) La famille: premieøre eùducatrice du jeune Vietnamien
2. Le Vietnamien dans lEcole
a) Conception de
leùducation dapreøs le Confucianisme
b) Etapes de leùducation confuceùenne
c) Fin et reùsultats de cette eùducation
d) Valeur du systeøme eùducatif traditionnel
3. Le Vietnamien dans le milieu social
a)
Lindividu social
b) Comportement social
c) Incidence sociale sur leùducation du Vietnamien
4. Le Vietnamien face aø un monde "pluraliste"
a) Le Vietnam,
une socieùteù en mutation
b) Crise de lautoriteù
c) Emancipation de lindividu
d) Essor culturel
Aux yeux dun Vietnamien reùcemment arriveù de son pays, la civilisation occidentale apparait rapidement sous deux traits frappants: la perfection des techniques et lindividualisme des esprits. Le premier trait suscite toute son admiratiuon, quand au second...il le laisse tout aø fait perplexe.
Tels sont les termes reùsumant une analyse de mentaliteù faite aupreøs des eùtudiants vietnamiens en Europe, et en particulier, en France. Nous avons voulu essayer de comprendre pourquoi il est difficile aø un Vietnamien daddheùrer aø une certaine conception de lindividu et de se penser comme un "moi". Il est vrai que sa langue maternelle ne posseøde pas de termes uniques et speùcifiques pour lexprimer. Mais pourquoi ne se sent-il pas le besoin den inventer un? Comment se pense-t-il donc? Que repreùsentent pour lui son eâtre, son nom, ses attibuts? Quels pourraient eâtre les divers eùleùments sociologiques constituant le cadre de sa personnaliteù?
Cest aø ces questions que nous essaierons de reùpondre en nous appuyant sur les donneùes naturelles, sociologiques, culturelles... afin de deùgager la place exacte quoccupe la Personne dans la socieùteù vietnamienne, la valeur quelle repreùsente et la manieøre dont les Vietnamiens lenvisagent et lassument.
1. Le Vietnamien dans sa famille:
Disons tout de suite que luniteù
de base de la socieùteù vietnamienne est la famille. La solidariteù familiale est telle
que la personnaliteù eùtait attribueùe non aø lindividu, mais aø la famille.
Celle-ci participe aux meùrites et aux honneurs acquis par lun quelconque de ses
membres ("moät ngöôøi laøm quan, caû hoï ñöôïc nhôø").
Par contre, la peine de mort appliqueùe en cas de haute trahison signifiait le massacre
de trois geùneùrations sans distinction daâge et de sexe (tru di tam toäc).
Le contrat de mariage,
jusque reùcemment, avait lieu non entre individus, mais entre familles.
La structure sociale de la famille reùgit eùtroitement lOriental.
Meâme le bouddhisme na pu se soustraire aø cette influence et sest
transformeù pour reùpondre aø cette structure. Pour linstant, bornons-nous aø
examiner le roâle de la famille dans leùducation des jeunes Vietnamiens,
probleøme qui nous preùoccupe plus speùcialement.
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a) Autoriteù paternelle et pieùteù filiale
Bien que le Culte des Anceâtres soit un des premiers soucis des Vietnamiens et que les principes de base de la morale confuceùenne, aø savoir la pieùteù filiale, lautoriteù absolue du peøre, du mari...soient reconnus dans tous les milieux, la famille vietnamienne est loin davoir la puissance et la rigueur de la famille chinoise. Seuls les lettreùs, treøs feùrus de rites, tiennent aø observer aø la lettre les prescriptions du Grand Maitre. Ailleurs, la coutume du pays adoucit de beaucoup, dans la pratique, les principes officiellement reconnus.
En principe, le peøre
deùcide souverainement du sort de ses enfants; en fait, il consulte toujours leur avis.
En cas de deùsaccord, le peøre cherche aø persuader plutoât quil ne
simpose. Il nen reste pas moins que cette persuation devient une veùritable
pression, aø loccasion du mariage par exemple, car le mariage neùtait pas
une affaire personnelle, mais un acte social et religieux ouø les opinions des
inteùresseùs comptent moins que linteùreât des deux familles et lentretien
du Culte des Anceâtres.
Le peøre repreùsente donc lautoriteù dans la famille dont il est le chef
incontestable. Cest aø lui que revient le droit de commander et de sanctionner. La
vie de la famille gravite pour ainsi dire autour de lui. Il tient avant tout aø
"reùgner" moralement: pourvu que sa femme et ses enfants se taisent quand il
hausse la voix et que toute lapparence soit sauve quant aø son prestige
dhomme, maitre absolu chez lui, il sera plutoât conciliant pour le reste.
Cest lui qui deùtient lautoriteù, mais la meøre nest pas eùcarteùe
en ce qui concerne le droit de regard sur les enfants. En geùneùral, il est heureux et
fier de pouvoir confier treøs toât la gestion des affaires comme lavenir de ses
plus jeunes enfants au fils aineùs , et cest un signe de beùneùdiction ceùleste
que davoir un garcon aineù dans la famille. Car "il est de reøgle dans chaque
famille de reùserver une part dheùritage aø lentretien du Culte des
Anceâtres, et den assurer la perpeùtuiteù. Cette portion de biens dits cultuels
est deùsigneùe sous le nom de "Höông Hoûa" (part de lencens et du
feu) et elle est confieùe aø lheùritier le plus digne, de preùfeùrence
laineù, qui en tire une rente viageøre"
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Bien que cette autoriteù paternelle peøse sur la communauteù familiale, il faut noter neùanmoins un grand esprit de famille qui reøgne sur tous ses membres. Contrairement aø ce quon pourrait penser, la famille vietnamienne - et aø plus forte raison "la grande famille" - nest pas une socieùteù treøs fermeùe sur elle-meâme, soumise aø une discipline seùveøre et au pouvoir absolu; mais elle souvre treøs largement aux gens de lexteùrieur: les domestiques, les voisins, les amis...sont consideùreùs comme faisant partie de la famille. Et lon est toujours aø laise de se retrouver ensemble.
Nous nous demandons si
cet esprit de famille qui conditionne plus tard si fortement le comportement de tout
Vietnamien nest pas neù plutoât des attaches sentimentales et des besoins
effectifs de seùcuriteù. Nous verrons plus loin dans quelle atmospheøre se deùveloppe
lenfance du Vietnamien. Pour linstant, bornons-nous aø constater la treøs
grande sensibiliteù aø la communauteù de sang au Viet Nam:
"Une goutte de sang - entendons du meâme sang - vaut mieux quune mare
deau froide" (Moät gioït maùu ñaøo hôn ao nöôùc laõ) dit la sagesse
populaire.
Le lien de sang est religieux et magique, il fait pressentir les malheurs et unit les coeurs dans une meâme compassion: "Maùu chaûy, ruoät meàm" (Laø ouø le (meâme) sang coule, les entrailles se ramollissent). De la communauteù de sang reùsulte une solidariteù eùtroite, effective, assurant au Vietnamien une seùcuriteù appreùciable, car les conditions de vie difficiles qui cotoient lindigence dans les campagnes, risquent deâtre bouleverseùes sans cesse par la moindre maladie, le moindre accident.
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Dans la grande famille, le proverbe dit que "quand le peøre nest plus, il reste toujours loncle; quand la meøre vient aø mourir, la tante se chargera de vous allaiter" (Saåy cha coøn chuù, saåy meï buù dì).
Cette solidariteù reùelle est un soutien preùcieux pour le Vietnamien, mais elle constitue en meâme temps de veùritables obstacles qui entravent les activiteùs de son "devenir adulte". La pieùteù filiale par exemple, loblige moralement aø consulter ses parents pour tout acte important, aø nimporte quel stade de la vie.
Il eùtait pour ainsi dire "fondu" dans le groupe: sa famille, la tradition, la coutume lui servaient de conscience. Son initiative manquait de point dapplication et de stimulant. Choisissait-il ses eùtudes? Les options eùtaient ignoreùes. Choisissait-il sa profession? Dabord les meùtiers eùtaient peu nombreux, les possibiliteùs de choix fort reùduites; ensuite la coutume voulait que le fils continuaât sur les traces du peøre, ceùtait moins risqueù. Choisissait-il sa femme? Mais, en principe, le droit en revenait aux parents et ces derniers se souciaient beaucoup plus des convenances sociales ("moân ñaêng hoä ñoái", litteùralement: portes symeùtriques; expression pour signifier: famille au meâme niveau social) que des gouts et affiniteùs de leurs enfants.
Choisissait-il sa religion? Mais la religion faisait partie du patrimoine de famille, et changer de religion eùquivalait aø renier ses anceâtres. (Un des obstacles aø la conversion des "non-chreùtiens" reùsidait justement dans cet attachement aø la religion ancestrale; pendant longtemps et peut-eâtre meâme encore aujourdhui, les chreùtiens passent pour des deùracineùes, des gens sans pieùteù filiale qui ont limprudence dabandonner la religion de leurs peøres pour embrasser la "religion des eùtrangers").
Cette emprise du groupe exercait son influence deùjaø aø partir de lenfance dans leùducation familiale. Car il faut le dire, ce qui aide beaucoup lenfant vietnamien dans lacquisition de la conscience de soi, cest eùgalement le systeøme de vie communautaire, style grande famille orientale, dans lequel il eùvolue.
Une remarque simpose: La famille au Vietnam ne se compose pas seulement de la triade classique: peøre, meøre, enfants. Il faut inclure dans son atmospheøre journalieøre la preùsence des domestique, des oncles, tantes, cousins, cousines et aussi les amis des parents et les voisins. Le plus souvent, il faut compter aussi les grands-parents qui vivent geùneùralement chez les enfants.
Meâme dans les villes ouø les habitations sont eùtroites, les parents ne manquent pas non plus de meùnager aø leurs enfants des occasions de se reùunir et de jouer ensemble. Aussi nest-il pas rare de voir certains soirs deùteù, quand la circulation se fait moins dense dans les rues, tout le monde sortir sur les trottoirs Les parents sinstallent dans leur chaise longue pour prendre le frais et bavarder avec les voisins pendant que les enfants samusent ensemble autour deux.
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d) La famille: premieøre eùducatrice du jeune Vietnamien
Les enfants sont aussi beaucoup plus meâleùs aø la vie des adultes quen Europe. Cest pourquoi, en principe, tout ce qui est fait ou dit par les adultes ne doit rien contenir qui ne puisse eâtre vu ou entendu par un enfant. Celui-ci doit y trouver des exemples de sagesse, de mesure et de conduite pour plus tard.
Mais cest surtout dans les
rapports entre parents et enfants que nous pouvons juger du souci eùducatif de la famille
vietnamienne:
En geùneùral, le peøre ne soccupe pas du petit enfant. Il lui arrive de jouer
avec le beùbeù en famille, mais il ne le porte, ni ne lembrasse en public. Il doit
"aimer en dedans" (thöông trong buïng) et "paraitre seùveøre de
visage" (laøm nghieâm ngoaøi maët). La maman menace de temps en temps son fils
dune correction paternelle, mais en fait, ce dernier ne participe pas aø
leùducation de cette manieøre. Il lui suffit deùlever la voix pour
intimider la bande des enfants pour qui il repreùsente la foudre et le tonnerre. "La
meøre qui administre des rotins ne vaut pas le peøre qui tousse." dit un vieil
adage (Meï ñaùnh khoâng baèng cha ho).
Entre le peøre et les enfants, la meøre joue le roâle dambassadrice. Pour toutes
deùmarches, les enfants sadressent dabord aø leur meøre qui se charge de
transmettre leur deùsir au peøre apreøs avoir soigneusement preùpareù le terrain si
besoin est: cest le chemin le plus court et le plus sur.
En raison de lamour peu deùmonstratif du peøre qui reste aussi distant aø
leùgard de ses fils que de ses filles, la meøre est la seule dispensatrice de
tendresse dans la famille.
Ainsi, nous constatons que le souci deùducation est treøs grand dans la famille vietnamienne. La sagesse populaire ne reùpeøte-t-elle pas souvent: "Eduquez votre enfant deøs son premier aâge, et votre femme, deøs le jour ouø elle entre sous votre toit". Pourtant, tout laisse aø penser que les Vietnamiens ne sont gueøre presseùs de mettre en pratique un si judicieux conseil. Il ont beau dire comme en France: "Qui aime bien, chaâtie bien" (Yeâu con cho roi cho voït), mais ils ny croient pas beaucoup. Au fond deux-meâmes, ils pensent plutoât que "les parents mettent les enfants au monde, mais cest le Ciel qui leur attribue leur caracteøre" (Cha meï sinh con, Trôøi sinh tính).
Neùanmoins, on peut voir dans certains milieux lettreùs, des sanctions treøs seùveøres et ceùreùmonieuses appliqueùs aux enfants: le coupable est eùtendu sur le ventre. Le peøre ou la meøre lui explique le caracteøre deùfectueux de son comportement, ensuite lui administre un ou deux coups de rotin. Et avant de se relever, on laide aø deùcouvrir le comportement ideùal pour lavenir. La ceùreùmonie sacheøve par une prostration devant les parents en signe de repentir et de reconnaissance pour la correction recue.
Les repas peuvent
eâtre aussi des occasions pour eùduquer les enfants: Lenfant ne commence jamais le
repas sans inviter lun apreøs lautre, tous les aineùs preùsents:
"Peøre, veuillez vous servir", "Meøre, veuillez vous servir" etc...
Et sil lui arrive de se lever de table avant les autres, il preùsente ses excuses
en disant: "Je vous prie de mexcuser, Peøre, Meøre, Oncle,
Tante...(sous-entendu: "de me lever avant vous"). Dailleurs les parents
invitent eux aussi les grands-parents et les convives.
Par ailleurs, lenfant est aussi soumis aø une rigoureuse discipline: Avant de
sortir, il est tenu den demander lautorisation, et apreøs eâtre rentreù, il
doit en rendre compte ("Ñi thöa, veà trình").
Daucuns ont
penseù que ces points de leùtiquette veulent inculquer aø lenfant le
respect de la hieùrarchie. Mais au fond, cest surtout le sens de la solidariteù
familiale quon a voulu deùvelopper chez lui.
Et si au Vietnam, les bonnes coutumes et traditions sont si bien gardeùes, cest
certainement graâce aø la force de chaque cellule familiale. Cest dire la place
importante que tient leùducation des enfants dans la vie de la famille
vietnamienne.
Lon concoit la peine que ressentent les parents aø qui leurs occupations quotidiennes ne permettent pas dy veiller seùrieusement. Laisser les enfants "vagabonder" aø leur guise (Ñeå con leâu loãng) est la plus grosse inquieùtude des peøres de famille.
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2. Le Vietnamien dans lEcole:
La famille vietnamienne nest pourtant pas le seul milieu eùducatif dont linfluence puisse marquer profondeùment la vie de lenfant. Leùcole, elle aussi, peut preùtendre jouer un roâle important dans le deùveloppement psychologique et social de lenfant.
Pour situer la place exacte de leùcole dans leùducation du jeune Vietnamien, il nous faut remonter aø sa forme traditionelle. Nous essaierons de comptrendre la conception de leùducation dapreøs le Confucianisme, ensuite les eùtapes, les techniques, les reùsultats de ce systeøme eùducatif traditionnel.
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a) Conception de leùducation dapreøs le Confucianisme
En fonction de cette
vision du monde et de la Personne, Confucius - aø travers son disciple Mencius - a mis un
accent de confiance dans la nature humaine. Pour lui, "lhomme, de par sa
nature, est bon." (nhaân chi sô taùnh boån thieän).
Mencius affirmait dabord que la nature humaine est une creùation du Ciel, et
quelle doit par conseùquent, eâtre excellente en soi. La nervure centrale de sa
penseùe aø ce sujet , on la trouve dans le texte qui ouvre le "Juste Milieu":
"Ce qui nous vient du Ciel, nous lappelons nature. Conformer nos actes aø
cette nature, cest suivre "la loi naturelle" (le Tao). Cette loi
naturelle, si nous la raffinons, nous lappelons "culture".
Dans son "Livres des Trois Caracteøres" (Tam Töï Kinh), utilisant limage de leau qui coule toujours damont en aval, Mencius explique: "Il ny a pas dhomme qui, par nature ne soit bon, comme il ny a pas deau qui, par nature ne coule damont en aval. Et si en frappant leau, on peut la faire jaillir jusquaø deùpasser notre front, ou en la deùviant, on peut la faire remonter meâme jusquaux montagnes; telle nest pas sa qualiteù native, et si elle a eùteù ainsi, cest parce quelle a eùteù frappeùe, deùvieùe. Il en est ainsi de lhomme: Si lhomme fait le mal, cest parce que sa bonteù native a eùteù voileùe, enfouie par des mauvaises passions, comme leau a eùteù frappeùe et deùvieùe"
Si nous essayons de comprendre Mencius, nous pouvons conclure que tout le travail de leùducation, selon le Confucianisme, consiste aø permettre aø cette nature de se conserver, se maintenir et se deùvelopper dans le sens de sa bonteù native.
Quels sont donc les points essentiels sur lequels portent les efforts de cette eùducation? Quelles sont les eùtapes preùconiseùes, les reùsultats escompteùs? Bref, comment, jusquaø preùsent, cette conception inspire-t-elle le systeøme eùducatif au Viet Nam?
Cest ce que
succinctement nous taâcherons de passer en revue.
Tout dabord, il convient de remarquer les quatre centres de preùoccupations sur
lequels doivent porter les efforts eùducatifs; chaque centre est reùsumeù en deux mots
suggestifs par Mencius lui-meâme, aø savoir:
- nourrir la bonteù native de la nature: "döôõng tính" (döôõng: nourrir,
entretenir; tính: nature)
- maintenir la bonteù du coeur: "toàn taâm" (toàn: perdurer; taâm: coeur)
- maintenir fermement un ideùal de vie: "trì chí" (trì: maintenir; chí:
ideùal de vie).
- entretenir la volonteù ferme: "döôõng khí" (döôõng: nourrir,
entretenir; khí: caracteøre, volonteù.
Nourrir la bonteù native de la nature en leùclairant par la doctrine des Sages sur "la Voie du Ciel" et "la Voie de vivre en homme"; maintenir la bonteù du coeur en faisant acqueùrir des "vertus altruistes", toujours ouvertes aux autres; faire accrocher fermement aø un ideùal de vie en faisant prendre conscience de sa responsabiliteù devant sa propre destineùe, celle de sa famille, de son pays et du monde entier; enfin entretenir la volonteù en faisant pratiquer les vertus qui exigent la maitrise de soi et la geùneùrositeù.
Telle est, en eùbauche, la viseùe de leùducation confuceùenne.
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b) Etapes de leùducation confuceùenne
Cette eùducation se
reùalise en cinq eùtapes:
- sinteùresser aø toute chose qui existe (caùch vaät), ce qui rappelle Teùrence
dans sa profession de foi: "Je suis homme: rien de ce qui est huamain ne mest
eùtranger" (homo sum: nihil humani a me alienum puto)
- peùneùtrer le secret des choses (trí tri), ce qui correspond aux fameux vers de
Virgile dans les Geùorgiques: "Heureux celui qui a pu peùneùtrer les causes
secreøtes des choses" (Felix qui potuit rerum cognoscere causas).
- avoir des ideùes nettes et justes (thaønh yù), ce qui peut eâtre rappocheù du vers
de Boileau: "Ce qui se concoit bien, seùnonce clairement".
- Ces quatre premieøres eùtapes sont preùparatoires aø leùtape finale qui est
le "perfectionnement de soi" (tu thaân).
Pourquoi mettre le
"perfectionnement de soi" comme eùtape ultime de leùducation? Confucius
nous reùpond dans "La Grande Etude" (Ñaïi Hoïc):
"Thaønh giaû Thieân chi ñaïo daõ, Thaønh chi giaû nhaân chi Ñaïo
daõ" (La Perfection - sens dynamique daccomplissement - est la Voie du Ciel;
Tendre aø la Perfection doit eâtre la Voie de lhomme).
Ainsi, lagir et lordre du Ciel deviennent le modeøle exemplaire de
lagir humain. Tout leffort de lhomme doit consister aø deùcouvrir le
Dessein et lOrdre eùtablis par le Ciel pour sy conformer, pour y couler sa
vie.
Comment alors connaitre la Voie du Ciel? La tradition ancestrale reùpond: Cette Voie du Ciel, les Saints et les Sages dautrefois lont trouveùe, et Confucius lui meâme et ses disciples lont formuleùe dans des lois treøs sages consigneùes dans les "Quatre Livres Classiques" (Töù Thö) et les "Cinq Canoniques" (Nguõ Kinh)
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c) Fin et reùsultats de cette eùducation:
Ici encore, nous sommes
obligeùs de revenir aø la source: Confucius reùsume deøs la premieøre phrase du
Premier Livre de la "Grande Etude" ses intentions eùducatives: "Ñaïi
hoïc chi ñaïo: taïi minh minh ñöùc, taïi taân daân, taïi chæ ö chí
thieän" (La Voie de la Grande Etude consiste aø rendre brillante "sa
lumieøre" - litteùralement: illuminer sa vertu-lumieøre - puis aø faire reùnover
le peuple, et le tout, ne sarreâter quaø la perfection).
Autrement dit : devenir soi-meâme une "lumieøre" pour pouvoir ensuite
eùclairer les autres, et cette tendance na de limite que la perfection elle-meâme.
Tö Tuù, petit-fils de Confucius, dans un autre livre classique, le "Trung Dung" (Le Juste Milieu), interpreùtant la penseùe de Confucius, enseigne ainsi: "Seuls les Sages et les Saints connaissent la nature du Ciel; une fois la nature du Ciel connue, ils connaissent aussi la nature de lhomme; la nature de lhomme connue, ils connaissent les eâtres et les choses; alors on serait aø meâme capable daider le deùveloppement et la transformation du Ciel (cosmos) et de la Terre."
Ainsi, leùducation selon la conception confuceùenne, conduit les hommes par des eùtapes successives ascendantes, de la connaissance des eâtres et des choses, aø la connaissance de soi, puis aø la connaissance du Ciel, pour ensuite reùagir sur la socieùteù et lunivers dans un processus inverse descendant.
Si normalement dans les eùtapes de leùducation preùconiseùes par le confucianisme il est fait une grande place aux sciences des eâtres et des choses et aø celles de la connaissance comme parties inteùgrantes, propeùdeutiques neùcessaires pour la croissance jusquaø la stature adulte; autrefois cependant lintention eùducative traditionnelle se reùduisait aø la formation morale, nos anceâtres ayant pris le mot "perfection"- limite assigneùe au perfectionnament de soi - uniquement dans le sens de "perfection morale", meâme jusquau meùpris du mateùriel.
Ladage qui commandait les efforts et les soucis deùducation de nos parents se reùsumait ainsi: "Tieân hoïc leã, haäu hoïc vaên" (Aprrendre dabord aø bien se conduire, ensuite apprendre les Lettres). Ce primat de la formation morale a dicteù aux parents vietnamiens le souci de placer leurs enfants dans des eùcoles confessionnelles ouø la climat soi-disant moral est mieux preùserveù.
Notons ensuite que ce souci de formation morale a pousseù les parents aø apprendre aux enfants deøs leur jeune aâge, des manieøres de se bien conduire aø leùgard des autres selon les rites sociaux de la politesse, aø ne profeùrer devant les enfants que des maximes qui puissent les aider aø mieux vivre. Dailleurs, quel Vietnamien dans son enfance ne se souvient pas de ces bercements de sa nourrice ou de sa meøre au rythme des chansons populaires aø contenu moral exaltant la vertu? Ou bien quel eùcolier vietnamien na pas eùteù enthousiasmeù par ces textes de lectures litteùraires ouø lideùal dhumaniteù, damitieù, dhonneâteteù, de pieùteù filiale nait eùteù ceùleùbreù? Il est vrai que nos eùcrivains dautrefois ne concevaient pas une litteùrature qui ne soit en meâme temps apte aø la stimulation morale et au gout destheùtique. Pour eux, "Vaên dó taùi ñaïo" (Les lettres doivent eâtre capables de veùhiculer la Voie de vivre en homme). De ce fait, le risque dun certain moralisme dans leùducation est possible, surtout dans des milieux conformistes peu eùvolueùs...
Cependant, noublions pas que ce risque comporte en revanche un aspect positif, celui dintroduire les jeunes dans des domaines des valeurs supeùrieures, eùtatpe primordiale et neùcessaire qui doit, aø notre avis, preùceùder toute vraie eùducation aux valeurs et au choix.
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d) Valeur du systeøme eùducatif traditionnel:
Dans le cadre de ce
preùsent travail, il nous est impossible de faire un tour dhorizon complet de
lhistoire de leùducation vietnamienne. Nous alllons essayer neùanmoins de
nous limiter aø laspect "technique" de tout ce systeøme eùducatif
traditionnel jusquaø la fin du sieøcle dernier.
En effet, jusquau deùbut du 20eø sieøcle - plus exactement avant 1906 -
lenseignement eùtait donneù entieørement en caracteøre chinois, couronneù par
des concours litteùraires triennaux.
Laâge scolaire
neùtait pas fixeù au Viet Nam. Suivant la constitution physique du petit, on lui
cherchait un preùcepteur ou on lenvoyait aø leùcole aø laâge de 5
ou 6 ans. Seuls les garcons recevaient de linstruction. Quelques rares familles de
la bourgeoisie et de laristocratie en donnaient aussi aux jeunes filles. Mais la
grande partie du beau sexe eùtait condamneùe aø lignorance. Le garcon se rendait
donc aø leùcole aø laâge de six ans. Comme les Vietnamiens attribuaient
une graviteù particulieøre au deùbut de toute entreprise, lon concoit aiseùment
la solenniteù qui entourait la ceùreùmonie de "louverture de
lintelligence" (Leã Khai Taâm).
Le petit homme, raseù de frais, portait ses plus beaux veâtements. Ses parents le
conduisirent devant son futur maitre, avec des offrandes. Le "preùcepteur"
(OÂng Ñoà), avant de lui accorder "lacceøs de la porte du savoir"
(nhaäp moân), fait une ceùreùmonie en lhonneur de Confucius et de ses grands
disciples.
Deøs la premieøre lecon, une vie nouvelle commence pour lenfant. Deùsormais, il
aura comme censeur de sa conduite, en plus de ses parents et de ses aineùs, son
"nghieâm sö" (maitre seùveøre). Car noublions pas que le preùcepteur,
sil veut eâtre fideøle au Maitre Confucius, doit accorder le primat aø
leùducation morale sur linstruction.
Cest ainsi que deøs son plus jeune aâge, lenfant est plongeù dans cette atmospheøre eùducative, faite de respect et de confiance, galvaniseùe par un certain moralisme, qui contribue aø donner aø lenfant une impression de seùcuriteù.
Quon ne
seùtonne pas de la place eùminente du maitre dans la conception confuceùenne.
Dans la trilogie "Quaân, Sö, Phuï" (Roi, Maitre, Peøre), ce dernier passait
donc apreøs le maitre deùcole.
Le "OÂng Ñoà" (mot pour deùsigner le preùcepteur) eùtait geùneùralement
un mandarin retraiteù, un gradeù universitaire qui vivait retireù, refusant les
honneurs et les pouvoirs, pour se consacrer entieørement aø leùducation de la
jeunesse. On avait beaucoup deùgards pour eux. "Muoán con hay chöõ thì
yeâu laáy Thaày" (si vous voulez que vos enfants soient bien instruits, aimez
leurs maitres), dit un proverbe.
Ces sentiments cordiaux qui unissaient parents-maitres faisaient du "oâng
ñoà" un conseiller eùclaireù que lon consultait dans les circonstances
difficiles.
Lorganisation treøs simple de lenseignement traditionnel nentrainait pas le changement de professeur aø chaque degreù denseignement. Le "oâng ñoà" pouvait ainsi garder indeùfiniment ses eùleøves pendant toute la dureùe de leur scolariteù. La continuiteù de son action sur leur coeur et leur esprit, le deùvouement avec lequel il accomplissait sa taâche consolidaient davantage chaque jour les liens daffection entre maitres et disciples. Le "oâng ñoà" exercait sur ses eùleøves un grand ascendant moral. Ces sentimants daffection et de respect eùtaient dautant plus forts que le travail du maitre napparaissat jamais comme une taâche reùmuneùreùe, mais comme une haute mission.
Le programme du premier
degreù denseignement - Petites Etudes ou Tieåu Hoïc - comporte leùtude du
"Tam Töï Kinh" (Livre des Trois Caracteøres) et le "Hieáu Kinh"
(Livre de la Pieùteù filiale).
Dans le "Livre des Trois Caracteøres" on trouve un peu de tout: des notions
eùleùmentaires de morale, darithmeùtique, de geùographie, dhistoire, de
lecons de sciences naturelles. Mais il faut reconnaitre que certains de ces passages
neùtaient pas aø la porteùe des jeunes esprits. Ensuite, la meùthode
denseignement des "oâng ñoà" eùtait deùfectueuse. On faisait trop
appel aø la meùmoire au deùtriment des autres faculteùs intellectuelles.
Vers laâge de 15 ans, un examen eùliminatoire donnait aø leùleøve le titre de "thí sinh" (candidat aux concours triennaux) et lui permettait daffronter les premieøres grandes eùpreuves. Alors commencaient les "Grandes Etudes" (Ñaïi Hoïc) ou enseignement supeùrieur, centreùes sur la connaissance des Quatre Livres Sacreùs et des Cinq Livres Canoniques dont nous avons fait mention plus haut. On eùtudiat en outre les philosophes posteùrieurs aø Confucius, tels que Mencius et Lao Tseu, les historiens, les poøetes et les romanciers historiques. Les romans dimaginatiom ou les contes satiriques, signeùs le plus souvent dun pseudonyme, eùtaient consideùreùs comme un genre leùger, indigne de lenseignement supeùrieur.
Vers 25 ans, au plus toât, souvent vers 40 ans, le bagage litteùraire de leùtudiant eùtant consideùreù comme suffisant, il affrontait les eùpreuves du concours provincial (thi höông) qui avaient lieu dans une enceinte speùciale appeleù "Camp des lettreùs". Le dernier concours qui eut lieu aø Nam Ñònh en 1915 attirait en moyenne 6.000 candidats. Sur 75 recus, les 50 derniers eùtaient nommeùs "Tuù Taøi" (talent fleuri; bachelier) et les 25 premiers "Cöû Nhaân" (homme qui seùleøve; licencieù). Les licencieùs pouvaient ensuite se preùsenter au concours geùneùral (thi hoäi), et en cas de succeøs, au concours royal (thi ñình) et devenir respectivement docteurs de 2eø classe (phoù baûng) et docteurs de 1eøre classe (tieán só).
Cest ainsi que
pendant des sieøcles, le Vietnamien recevait sa formation dhomme, jusquen
1906, date de labandon de la culture traditionnelle, exigeù par louverture de
lEcole Franco-Indochinoise de Thaùi-haø-AÁp, preøs de Hanoi.
Lanneùe suivante, le Gouverneur Geùneùral Beau fondait la premieøre Universiteù
Indochinoise, tentative encore timide, pour reùpandre la culture francaise. Et cest
seulement en 1915 quAlbert Sarraut abolit deùfinitivement les "concours
litteùraires" pour introduire le programme francais avec les trois ordres
denseignements primaire, secondaire et supeùrieur.
A travers ce survol
rapide du systeøme eùducatif traditionnel vietnamien, nous pouvons deùjaøø en
deùgager quelques valeurs peùdagogiques: Le primat accordeù aø leùducation, le
roâle et linfluence deùcisif du maitre, lesprit dentraide fraternelle
et le respect de la tradition et de la hieùrarchie sociale.
Andreù Masson, dans son "Histoire du Viet Nam" la dailleurs bien
souligneù lorsquil eùcrivait: "Deøs laâge le plus tendre,
lenfant (vietnamien) sinitie dans leùcole du village, aø
leùtude des "caracteøres" dont chacun repreùsente une ideùe concreøte
ou abstraite. Le maitre enseigne lart de tracer le caracteøre et il commente en
meâme temps le sens du mot. Leùcriture et la lecture ne sont pas, comme en
Occident, une meùcanique preùparatoire aø leùtude ulteùrieure des sciences et
des lettres. Elles se confondent avec la morale et lhistoire. Le respect des parents
et de lautoriteù publique est enseigneù avec les premiers rudiments. Il faut de
treøs nombreuses anneùes, presque une vie entieøre, pour acqueùrir une connaissance
totale des caracteøres, mais celui qui aura parcouru le long chemin aura peùneùtreù en
meâme temps tous les secrets de la philosophie et le droit. Il aura en meâme temps
acquis cette maitrise de soi et cette courtoisie qui sont la marque distinctive du
Vietnamien cultiveù."
<index>
3. Le Vietnamien dans le milieu social
Pour important que soit
le roâle joueù par la famille et leùcole tout au long de la vie dun
Vietnamien, leur action est bien moins profonde que celle de la communauteù villageoise
dans laquelle sa famille, son eùcole, ainsi que lui-meâme se trouvent plongeùs.
Paul Grieùger nous explique cette reùaliteù: "Lhomme par son corps, plonge
dans le milieu physique, et par sa mentaliteù, dans le milieu social...
Douø il est hors de doute que dans le domaine peùdagogique, les comportements de
lenfant deùpendent dans une large mesure des conditions eùducatives de chaque
civilisation. Dautre part, il est important de souligner linfluence des
milieux culturels sur les eùducateurs et sur les institutions peùdagogiques. On
nen parle gueøre, et pourtant elle joue assureùment son roâle. Il est aø peine
besoin de rappeler quaø chaque systeøme culturel, quaø chaque civilisation
correspondent des facons particulieøres de penser, de sentir, dagir: la langue, les
habitudes de vie, lheùritage dun passeù politique, social, religieux et bien
dautres facteurs encore, nous modeølent aø notre insu durant notre vie".
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Pour ce qui nous concerne, quelle serait la place du milieu social dans leùducation du Vietnamien? Reùpondre aø cette question, cest en fin de compte, chercher aø deùgager la place quoccupe le Vietnamien dans cette reùaliteù sociologique que nous appelons: la commune.
En fait,
lindividu nexiste au Viet Nam que par sa commune; lEtat ne le connait
pas. Certains eùtrangers ont remarqueù, avec juste raison dailleurs, que le Viet
Nam peut eâtre consideùreù comme une "feùdeùration de communes".
Il faut donc comprendre cet aspect treøs particulier de la socieùteù vietnamienne pour
bien saisir les traits de la vie quotidiens et les caracteøres du peuple ainsi que les
reùactions de chacun de ses enfants pris aø part.
Cest ainsi que la
commune constitue la veùritable puissance sur laquelle le Vietnamien doit compter. Il
deùpend delle pour toutes choses.
Dabord cette solidariteù morale entre lui et sa commune nest pas
neùgligeable. Chacun se sent fier de la reùussite des autres, tout comme chacun se sent
humilieù du meùfait de quelques-uns. Pour avoir ses lettreùs, ses
mandarins, chaque commune se faisait un devoir dentretenir un maitre deùcole
aø ses propres frais pour enseigner aø ses enfants un peu de "saints
caracteøres".
Etant donneù le compartimentage du pays en communes quasi autonomes, et la difficulteù pour les fonctionnaires du Gouvernement Central de controâler leurs activiteùs, la seùcuriteù inteùrieure ne peut eâtre assureùe efficacement que par chaque commune elle-meâme. Autrefois, chaque commune avait sa propre milice et organisait sa propre deùfense par tout un systeøme de fosseùs, denceintes, de miradors... pour se deùfendre contre des pillages si freùquents aø certaines eùpoques, notamment aø lapproche du Nouvel An lunaire.
De ce fait, on ne peut vivre isoleù du village . Ce besoin de seùcuriteù est une fois de plus satisfait par la "preùsence protectrice" de la commune aø laquelle le Vietnamien sattache et sur laquelle il compte, car la commune ne labandonne jamais. Dans ce climat de seùcuriteù, le Vietnamien beùneùficie aussi de lavantage de lesprit de famille: les ceùreùmonies et les feâtes de village constituent dans la plupart des cas, la seule note lumineuse dans la vie du paysan vietnamien. Ce sont de veùritables moments de joie fraternelle et spontaneùe; occasions de deùtente, certes, mais aussi dexigences sociales.
Enfin, outre la recherche de la
seùcuriteù et lesprit de famille, une autre raison explique lattachement des
Vietnamiens aø leur village: cest le pays des Anceâtres (queâ cha ñaát toå).
Dans les champs autour du village reposent encore leurs ossements. Pour un Vietnamien, ce
serait une honte, une douleur eùternelle que de les abandonner pour toujours. (Songeons
au sacrifice heùroique de plus dun million de reùfugieùs Vietnamiens lors de
lExode de 1954 vers le Sud et dun autre million aø travers le monde lors de
linvasion communiste en 1975.)
Guy Lesage na pas exageùreù lorsquil disait: "Le Vietnamien est avant
tout un villageois. Le village, suivant sa tradition, est un tout. Dans leùcriture
chinoise, "village" comporte deux mots: "le ciel", "la
terre". Le Vietnamien y a ajouteù lamour de son sol et le culte des
anceâtres".
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Cette forte adheùsion aø la socieùteù ne manque pas de provoquer des reùpercussions dans la vie psychologique du Vietnamien: Obligeùs de vivre ainsi en vase clos, les Vietnamiens doivent penser, agir continuellement en fonction du "quen-dira-t-on": "Lindividu aø deùtermination traditionnelle ressent les effets de sa culture comme un tout; cependant, ces effets lui sont communiqueùs par lintermeùdiaire dun groupe speùcifique et reùduit des personnes, celles avec lesquelles il est en contact quotidien. Ces personnes attendent de lui, non pas tant quil soit tel ou tel type dindividu, mais plutoât quil se comporte de la manieøre geùneùralement admise. En conseùquence, la sanction du comportement tend aø eâtre la peur davoir honte."
Cest pourquoi, il est facile de comprendre que toute ambition visant de preøs ou de loin aø une exaltation de la personnaliteù (domination des autres par son argent, sa force, sa liberteù...) se trouvera donc bannie au profit dun besoin de seùcuriteù.
Dans son comportement quotidien, un des soucis majeurs du Vietnamien est de ne jamais sisoler et de pouvoir compter sur le plus de monde possible. La vie sociale ne se pense ainsi quen termes de groupe, depuis lenfance jusquaø la vieillesse, car seul le groupe posseøde une individualiteù et une puissance qui comptent: "Lexistence archaique est une existence colleùgiale ouø chacun "participe" de tout et de tous.
Le centre dinteùreât nest pas la vie personnelle mais lordre social dans son ensemble, deùfini par les traditions mythiques et codifieù par des rituels... Lexistence communautaire ainsi reùgie par le principe de conservation rituel soppose aø toute initiative personnelle qui, dans la mesure ouø elle innoverait, deùseùquilibrerait lordre des choses pour le plus grand danger de tous. La liberteù au sens du droit de disposer de soi-meâme et dagir sans tenir compte des preùceùdents ontologiques, nest pas seulement impensable. Elle repreùsenterait la forme typique de limpieùteù, la rupture du lien social, vouant le coupable aø la mort civile et aø une forme primitive dinterdit religieux."
Cependant, en deùpit
dun certain conformisme, dune recherche plus ou moins eùgoiste de la
seùcuriteù, le Vietnamien est loin deâtre neùgativement influenceù par cette
"emprise sociale".
Si la pression du groupe engourdit quelque peu la personnaliteù du Vietnamien, on peut
dire par contre, queùtant mis dans cette situation depuis lenfance, le
Vietnamien arrive aø la longue aø prendre conscience de lexistence des autres
autour de lui. La deùlicatesse, le sens de la hieùrarchie et de lordre sont des
manifestations treøs claires de cette conscience sociale.
Deùjaø par tempeùrament, ensuite par eùducation, le Vietnamien a le sens de
lautre dans ses relations sociales, et cela par souci de ne jamais blesser la
susceptibiliteù individuelle. Les proverbes sont treøs explicites aø ce sujet:
"Lhomme vit de sa face, larbre de son eùcorce. La richesse nest
que du fumier, la face vaut mille livres. Si tu rencontres un vieux, appelle-le
"grand-peøre", un moins vieux "oncle", et quelquun de ton
aâge, "freøre aineù". Si tu ceødes un pas aø autrui, tu seras au
large."
Cest ainsi que le pronom personnel qui mesure le degreù dintimiteù ou le
degreù de respect que lon veut teùmoigner aø son interlocuteur est aø ce point
de vue difficile aø manier, car son emploi inadeùquat serait regardeù comme une grave
impolitesse.
Huard a citeù quelques exemples bien typiques: "On saura meùnager la fierteù des pauvres en les qualifiant de "thanh baàn" (pauvreteù pure) par rapport aø "troïc phuù" (richesse dorigine trouble). Dans dautres cas, lemploi du terme exact permettra de dire aø chacun sa veùriteù, sans quil puisse sen formaliser beaucoup. Un menteur sera justement blesseù du terme "noùi doái"(parler contre la veùriteù), mais il acceptera "noùi laùo" (parler effronteùment); de meâme, un voleur verra dans "aên troäm" (cambrioler) une insulte grave, tandis quil ne se formalisera que treøs peu du terme "aên caép" (chaparder).
Ce meâme souci de ne pas blesser la susceptibiliteù explique quelquefois le "caracteøre fuyant" du Vietnamien dans ses relations sociales. Sil eùtait obligeù de reùgler une affaire par lui-meâme, ou de preùsenter une requeâte, il en parlerait en tournant autour du sujet et en faisant des deùtours, juste pour faire deviner aø linterlocuteur ce quil veut. Cette facon de faire est quelquefois mal interpreùteùe par les Occidentaux qui y verraient un manque de sinceùriteù ou de spontaneùiteù.
<index>
c) Incidence sociale sur leùducation du Vietnamien
Avant de terminer cette
courte analyse du roâle du milieu social dans la formation de la personnaliteù du
Vietnamien, essayons dexaminer lincidence de cette emprise sociale sur
leùducation de lenfant vietnamien:
La communauteù parents-enfants est celle qui marque le plus profondeùment le jeune
Vietnamien. Les parents sont pour les enfants de veùritables dieux: la toute-bonteù, la
toute-puissance etc...Et cette ideùe de transcendance peut eâtre renforceùe soit par
une certaine morale, soit par une certaine coutume qui subjugent le jeune eâtre tout
entier et contribuent aø lui donner, pour la vie, un complexe dinfeùrioriteù aø
leùgard non seulement des parents, mais encore de tous les deùtenteurs de
lautoriteù.
Cette attitude inteùrieure creùe une
espeøce dinfantilisme psychique et soppose aø la confiance et aø
laffirmation de soi. Ainsi, lon ne seùtonne pas de trouver chez
lensemble des Asiatiques fortement soumis aø la morale confuceùenne, ce
"comportement deffacement", voire de deùmission devant les "grandes
personnes".
Ajoutons aø cela, la vigilance presque taâtilonne des parents dans les relations de
lenfant avec ses camarades. Car il faut tenir compte aussi de laction du
voisinage et des camarades de jeu sur la formation du caracteøre de lenfant. A
linstar de la meøre de Mencius qui deùmeùnageait aø trois reprises pour eùviter
le voisinage de gens peu recommandables, les parents vietnamiens surveillent
seùrieusement les freùquentations de leurs enfants. Ils nadmettent pas dans la
maison les mauvais garnements et ne peuvent souffrir de les voir en compagnie de leurs
progeùnitures.
Pour eux, le proverbe sonne clair: "Gaàn möïc thì ñen, gaàn ñeøn thì
saùng" (Preøs de lencre, on se noircit, preøs de la lampe, on
seùclaire).
Pour conclure, disons quil est clair que ce nest pas avec ses reøgles et ses mesures que la socieùteù pouvait aø elle seule imposer silence aø un "moi" pressenti au niveau de linstinct de conservation, au coeur des deùcisions aø prendre et des actes aø assumer... Lindividu y consent eùgalement de lui-meâme en grande partie parce quil a besoin de sidentifier aø la puissance plus grande de la collectiviteù.
Cette dernieøre, de
son coâteù, ne brise pas toujours.
Dailleurs, les jeunes Vietnamiens naspirent-ils pas, eux aussi, aø rompre
tout lien et toute contrainte et aø vivre leur vie dune autre manieøre? A deùfaut
dun boheøme en chair et en os, ces jeunes sen inventent dautres dans
leur esprit pour bercer leur reâve. En fait, au fond de leur coeur, ils attendent une
occasion qui les libeøre, sans exiger une rupture totale avec les leurs et leur permette
dentrevoir un autre horizon que celui si large, mais si vague et si peu rassurant de
la vie de boheøme.
Cette occasion, le peuple vietnamien, en la personne de sa moyenne bourgeoisie, a cru
saisir lors de sa premieøre rencontre avec lOccident.
Son "moi" inhibeù, priveù dair et despace des sieøcles durant, sest reùveilleù tout dun coup. Mais la flambeùe dindividualisme issue de cette rencontre fut trop breøve! Des expressions deùsordonneùes que le Vietnamien emprunta, en ce temps aø lOccident, nous pouvons deùduire une certaine soif de liberteù intense et un deùsarroi inquieùtant: Son "moi" ne se sent pas chez lui dans les concepts et les probleømes importeùs. Tout ce quon peut dire, cest quil vit toujours, attendant un autre tournant pour surgir...
<index>
4. Le Vietnamien face aø un monde "pluraliste"
Lexplosion se
produit donc un jour de 1945 qui mit fin aø quatre-vingts anneùes de domination
francaise et qui fut le preùlude dun eùbranlement qui toucha la communauteù
vietnamienne dans tous ses membres et bouleversa la socieùteù dans ses structures
meâmes.
Nous allons essayer aø travers cette eùvolution qui continue de sopeùrer sous nos
yeux, dexaminer les conseùquences qui marquent la nouvelle mentatliteù.
<index>
a) Le Vietnam, une socieùteù en mutation
Dire que le Viet Nam change brusquement de visage serait simplifier trop les choses. Car cette preùdominance du groupe sur lindividu dont nous avons parleù plus haut nempeâchait pas cependant le Vietnamien deâtre aø laaise dans son milieu. Certes, le succeøs obtenu par les nouveaux courants litteùraires entre les anneùes 1935 et 1940 (poùesies modernes, romans du groupe litteùraire Töï Löïc Vaên Ñoaøn) teùmoignent que la mentaliteù neùtait plus la meâme; cependant leur audience ne deùpassait pas le cadre des milieux urbains, la campagne eùchappait aø leur influence. Ils ont reùussi neùanmoins aø remuer certaines ideùes assez hardies concernant la conception de la vie, de la famille, du mariage...
La promotion de la Personne commencait
aø se preùvaloir, aø reùclamer sa place. Cette eùvolution qui seùtait
deùclencheùe discreøtement dans les esprits, des eùveùnements politiques allaient la
preùcipiter et lamplifier en bouleversant les structures traditionnelles.
En effet, la guerre a entraineù la dislocation des familles et le deùpeuplement de la
campagne. Et lexode rurale commencait. Les gens affluaient vers les villes pour
avoir plus de seùcuriteù. Les citeùs se deùveloppaient, se multipliaient.
Saigon avait 500.000 habitants avant la guerre, elle en compte maintenant, en 1968, plus
de 3 millions. Dans les villes, lessor eùconomique a donneù naissance au salariat:
les plantations dheùveùas, les industries textiles, les exploitations minieøres
neùcessitent une main-doeuvre abondante qui se chiffre par milliers
douvriers. Bien que leur reùtribution soit plus eùleveùe et leur alimentation
plus abondante que celles auxquelles ils eùtaient habitueùs dans leurs villages, ils
formaient des "deùracineùs", arracheùs aø leurs familles et aø leurs
communes dont les liens eùtaient si puissants. Une telle situation est toute nouvelle au
Viet Nam, ouø nagueøre le travail reveâtait toujours la forme familiale. Si les grandes
affaires industrielles ou commerciales restaient encore le plus souvent lapanage des
socieùteùs europeùennes, beaucoup de Vietnamiens commenceørent aø fonder des
entreprises prospeøres, formant ainsi un "bloc eùconomique" vigoureux et
soutenu.
La nouvelle socieùteù apparait ainsi aø la fois niveleùe et diffeùrencieùe. Niveleùe parce que lancienne classe posseùdante est ruineùe, tandis que la nouvelle (les gros commercants, les industriels) vient deâtre aø peine formeùe. Cette socieùteù niveleùe offre cependant une image plus diffeùrencieùe graâce aø leùventail plus large des professions. Citons seulement deux exemples: Il y a vingt-cinq ans, on ne connaissait que la meùdecine geùneùrale, aujourdhui on trouve des speùcialistes dans tous les grands centres. Autrefois, les eùtudes secondaires eùtaient regardeùes comme un luxe pour les femmes; seules quelques privileùgieùes pouvaient y preùtendre. De nos jours, un bon nombre freùquent les Universiteùs et on en trouve dans toutes les carrieøres: magistrature, meùdecine, professorat, administration, politique, sieøges parlementaires...
Nous assistons ainsi aø un renouvellement du cadre social: Ce nest plus lautoriteù patriarcale, mais la compeùtence qui gouverne. De cette nouvelle mentaliteù naissent souvent des conflits entre enfants et parents, ces derniers eùtant quelquefois moins instruits que leurs progeùnitures. Les eùtudes sont devenues une forme de promotion sociale.
Nous en reparlerons plus explicitement dans le point suivant. Pour linstant, soulignons un autre aspect de cette eùvolution sociale au Viet Nam au lendemain de lIndeùpendance: la deùlinquance juveùnile.
Jusquaø
preùsent, le respect de la hieùrachie et la pieùteù filiale ont contribueù aø
maintenir lentente dans les familles et les groupements. Voilaø que les structures
sociales commencaient aø seffriter, certaines valeurs sont remises en question, les
esprits heùsitent... Des jeunes, eleveùs dans des cadres rigides dun confucianisme
traditionnel voient venir avec deùsarroi cet eùtat deuphorie.
Cette prise de conscience de lexistence personnelle est dautant plus forte que
la communion avec dautres jeunes du monde par la radio, le cineùma, la presse, la
teùleùvision...ouvrent lesprit du jeune Vietnamien sur les besoins
deùmancipation quil commence aø reùclamer comme lui revenant de droit.
Conflits des geùneùrations, deùfis lanceùs aux adultes intellectuellement moins bien
armeùs, enfin, rupture compleøte par des difficulteùs dacculturation, signe du
refus des valeurs socio-culturelles traditionnelles. De cette attitude conflictuelle
permanente aø la deùlinquance, il ny a quun pas aø faire.
Laffluence de la population dans les centres urbains pose le probleøme du logement
et par contre coup, tend aø reùduire la famille aø sa plus simple expression: parents
et enfants. La conception du mariage a aussi fait son chemin. Les jeunes acceptent moins
facilement de se marier par personnes interposeùes, fussent-elles leurs parents ou
grands-parents. Ils ont eùgalement tendance aø faire meùnage aø part le plus toât
possible, au lieu de cohabiter avec leurs parents comme le faisaient leurs aineùs dans le
temps.
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Peu aø peu, nous
sommes ameneùs aø assister aø une sorte de crise dautoriteù, preùlude
dune prise de conscience de la destineùe personnelle. En effet, cette longue
guerre, avec toutes sortes de maux, comporte peut-eâtre cet aspect positif, celui de
faire eùclater les anciennes structures, de favoriser la mobiliteù sociale et par
conseùquent la rencontre des nouvelles valeurs.
Dans lancienne socieùteù, lindividu eùtait plus ou moins absorbeù par le
groupe, il nexistait quen reùfeùrence au groupe qui lui assurait protection
et seùcuriteù. Le voici donc brusquement arracheù aø ce soutien et projeteù dans la
vie. Acculeù aø aø se deùcider par lui-meâme, aø agir pour lui-meâme, il prend
conscience de son existence propre, de sa liberteù, de son autonomie. Certes, il demeure
encore attacheù aø sa famille, aø son groupe, mais il ne sy identifie plus: il y
a un affinement de la conscience personnelle. En meâme temps, il deùcouvre de nouvelles
valeurs: linitiative, laction personnelle, la lutte, la volonteù,
laffirmation de soi...que la tradition na pas suffisamment souligneùes. Peu
sen faut que leùvolution se soit toujours faite dune facon heureuse,
chez certains elle a abouti au rejet de toute autoriteù, de toute contrainte pour sombrer
finalement dans lanarchie. Mais ce nest heureusement pas le cas geùneùral.
"Le passage dun stade de civilisation aø un autre implique une phase preùliminaire de discussions et de recherches sur le plan des ideùes. On commence par critiquer lordre ancien. Puis arrive une phase "reùvolutionnaire" active ouø toutes les structures sociales scleùroseùes sont deùtruites par la force. Cette disparition entraine geùneùralement la neùgation des valeurs morales et spirituelles sur lesquelles ces forces sociales peùrimeùes seùtaient appuyeùes pour survivre. On fait place nette, et dans lenthousiasme, on creùe de nouvelles conditions dexistence... Mais, plus ou moins vite, cet eùtat violent samortit et la geùneùration suivante se trouve devant un vide culturel et spirituel aø combler. La situation conflictuelle se transforme. Elle ne se situe plus au niveau dune lutte sociale ouø lon prend parti pour ou contre le passeù et le progreøs: elle sinteùriorise de plus en plus, aø mesure que les nouvelles structures eùconomiques et culturelles se stabilisent"
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Leùmancipation de lindividu ne se fait pas cependant sans un risque de perte de seùcuriteù. Le Brun-Keris, dans "LAfrique, quel sera ton visage?" a si bien souligneù ce deùsemparement du jeune aux prises avec une autre eùchelle de valeurs qui vient soffrir aø son choix: "Il deùcouvre en meâme temps, un univers humain ouø les relations ne sont plus celles de la deùpendance. Il cesse deâtre inseùreù dans un commandement et une obeùissance; le voici contraint deâtre individu, comme abandonneù dans un deùsert. Sans doute, leùcole comporte-t-elle encore des relations de deùpendance vis-aø-vis du maitre. La porte de leùcole souvre quand meâme sur ce deùsert".
Pour les jeunes Vietnamiens, la guerre les a plongeùs non seulement dans linseùcuriteù mateùrielle (privations, faim, vie menaceùe...) mais aussi et surtout dans linseùcuriteù morale. Priveùs du soutien de la famille et du milieu, ils doivent affronter seuls la vie, se deùbrouiller pour se tailler une place dans le monde. Et quel monde! Autour deux, tout bouge, tout change: famille, socieùteù, lois, institutions, reùgimes politiques... on ne sait aø quoi saccrocher.
Pendant ce temps, la guerre continue
ses ravages: ruines mateùrielles, pertes de vies humaines... Encore sil y avait
quelque lueur aø lhorizon, mais lavenir reste boucleù. Les plus nobles
causes neùveillent plus quun faible eùcho chez eux. Chez les chreùtiens, la
foi fait place au scepticisme; un vide se creuse, preât aø accueillir tous les courants
dideùes pessimistes. Les plus reùalistes pensent au "primo vivere", et
cest alors la course au diploâmes avec lespoir davoir une place, une
situation aø la fois bien reùmuneùreùe et de tout repos. Les plus blaseùs vont noyer
leur "spleen" dans les bars et les salons de theù...
Deùveloppement urbain, eùmancipation de lindividu: telles sont les deux
principales conseùquences de leffondrement des anciennes structures sociales du
Viet Nam. A ce fond de tableau assez sombre, nous devons, honneâtement, reconnaitre
certains aspects positifs dans cette rencontre occidentale: Nous voulons faire allusion
surtout au deùveloppement culturel du Pays dont deùpend en grande partie, la survie
morale du peuple vietnamiem.
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Leùducation subit neùcessairement les contre-coups des transformations sociales: Leùveil des classes sociales - inconnues jusqualors - a fait surgir des eùcoles, car doreùnavant, la culture est devenue "aø la mode", une forme de promotion sociale.
Laccession aø
lIndeùpendance survenue en 1945 ameøne un rapide mouvement dexpansion
scolaire favoriseùe doublement par la politique scolaire des dirigeants et le
remplacement du francais par la langue nationale - le Quoác Ngöõ - comme langue
veùhiculaire.
A en croire aux statistiques, nous pouvons constater cette pousseùe vertigineuse de
lessor culturel au Viet Nam: en 1956 on comptait au Sud-VietNam 162 eùtablissements
secondaires, avec 61.500 eùleøves. Dix ans plus tard, le nombre deùcoles
secondaires atteint le chiffre de plus de 600 avec plus de 300.000 eùleøves.
Quant aø lenseignement primaire, il existe actuellement (Juin 1967) dans tout le
pays 9.144 eùcoles primaires , dont 4.800 eùcoles publiques, 4334 eùcoles priveùes et
10 eùcole semi-publiques. Cinq Universiteùs ont vu le jour et ont fonctionneù
reùgulieørement depuis 12 ans. Nous comptons aø lheure actuelle plus de 30.000
eùtudiants dans toutes les disciplines.
Lenseignement largement diffuseù et devenu obligatoire (jusquaø 13 ans) se
trouve ainsi rendu accessible, sinon aø tous, au moins au plus grand nombre. Alors
quautrefois il eùtait de fait reùserveù aux plus favoriseùs de la fortune.
Lacceøs aø la culture engendre un esprit plus ouvert, moins conformiste. Le sens
critique seùveille aussi. On naccepte plus les affirmations a priori, les
preuves dautoriteù. On aime discuter, on reùclame des faits, on assiste aø la
naissance de lesprit scientifique.
Dans le "Compte-Rendu des activiteùs biennales" de la Commission Nationale du Viet Nam pour lUNESCO (1964-1966), le deùleùgueù vietnamien a brosseù en quelques lignes cette importante eùvolution de leùducation au Viet Nam: "Dans le domaine de leùducation, tous nos efforts depuis deux ans (reùforme du programme de lenseignement, formation professionnelle des maitres, deùveloppement de leùducation permanente des adultes...) convergent vers le meâme but: leùpanouissement inteùgral de la Personne humaine solidaire des milieux concrets de la vie. Dans le domaine de la culture, nos efforts tendent aø preùserver les valeurs et les richesses culturelles de notre pays, tout en les rendant accesibles non seulement aø une eùlite intellectuelle, mais aø la population entieøre."
Leùducation au Viet Nam eùtait donc une affaire dEtat, conduite par le Ministeøre de lEducation Nationale. Quant aø son esprit et aø son organisation, elle suivait encore lancien systeøme francais porteù aø eâtre plutoât acadeùmique et centraliseù aø outrance.
Les principes
fondamentaux de lEducation Nationale du Nouveau Viet Nam ont eùteù formuleùs par
le Ministeøre de lEducation en ces termes:
1. Leùducation au Viet Nam sera une eùducation humaniste, respectant la valeur
sacreùe de lhomme comme une fin en soi et visant le plein eùpanouissement de la
Personne.
2. Leùducation au Viet Nam sera une eùducation nationale, respectant les valeurs
traditionnelles qui assurent la continuiteù de lhomme avec son milieu naturel tel
que la famille, la profession, la patrie...
3. Leùducation au Viet Nam sera une eùducation libeùrale respectant lesprit
scientifique, visant aø lesprit social et deùmocratique, accueillant toute vraie
valeur culturelle du monde.
Disons-le tout de suite: laccomplissement de ces nobles ideùals se heurte aø deùnormes difficulteùs dont les principales sont la peùnurie du personnel bien formeù, un eùquipement scolaire deùficient et le manque de seùcuriteù du aø une cruelle gueùrilla longue de plus de 20 ans, et aø une situation politique des plus confuses.
Tant et si bien que le
Viet Nam de 1968 se trouvait une fois de plus en face dune deùsinteùgration des
structures sociales, laquelle est aggraveùe par linstabiliteù politique, la
subversion communiste et la preùsence de nombreux eùleùments eùtrangers dans les
principales villes du Viet Nam.
De ce fait, tout Vietnamien qui aime vraiment sa Patrie se rend compte au fond de son
coeur, de grandes et seùrieuses difficulteùs queùprouve son pays dans le domaine
de leùducation.
Et sil cherche aø eâtre logique envers lui-meâme, il ne manquera pas
deâtre interpeleù par certaines remises en question:
La peùdagogie vietnamienne traditionnelle vaut-elle encore? et dans quelle mesure? A
lheure actuelle, quelles sont au juste les exigences de la peùdagogie nouvelle dans
un Viet Nam en devenir?
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