1.

"La conduite des écoles"
Gratuité et service des pauvres : un choix radical
  • Il ne s’agit pas ici d’une étude globale du service éducatif des pauvres, mais seulement d’une perspective particulière, la gratuité de l’enseignement. Un problème triséculaire dans l’histoire de l’Institut.

Des écoles gratuites

J.-B. de La Salle ne fut pas le premier à créer des écoles populaires gratuites. Des écoles de jour, pour les filles pauvres, fonctionnaient déjà dans divers couvents ; les "Écoles de Charité" gratuites, constituaient une forme d’aide aux familles démunies dans le cadre de la paroisse ; dans les "Hôpitaux généraux", on instruisait gratuitement les enfants qui s’y trouvaient, etc.

Tout porte à croire que les premières écoles ouvertes à Reims par La Salle étaient conçues comme les écoles paroissiales de charité, même si elles s’en distinguèrent très rapidement. Les premiers biographes du Fondateur les appellent "écoles gratuites" ou "écoles chrétiennes et gratuites".

Précision : le fonctionnement d’une école et la subsistance des enseignants entraînent naturellement des dépenses. Ce que voulaient La Salle et ses Frères, c’est que cela ne coûte rien aux parents des élèves. Tel est le sens de la gratuité. Les "fondateurs" de ces écoles - municipalités, fabriques, évêchés, paroisses, bureau des pauvres, donateurs privés... - s’engageaient à subvenir aux dépenses. La constitution d’une rente ou d’un capital avait pour but d’assurer la pérennité de l’école.

Les enfants des artisans et des pauvres

"Cela est essentiel à votre Institut"

Cette formule se trouve à deux reprises dans les écrits du fondateur. La Salle acquit très vite la conviction que ses écoles devaient être gratuites et n’en varia plus. Dès 1683, sur les conseils de Nicolas Barré, il renonça à utiliser sa fortune personnelle pour constituer des rentes capables d’assurer l’avenir de ses écoles. Il s’en remit à la générosité et à la fidélité des "fondateurs". Un choix radical auquel adhéraient les premiers Frères. Mais en liant, dans la formule, la survie de l’Institut à la gratuité, La Salle ne se doutait probablement pas qu’il initiait un problème de 300 ans pour ses successeurs... En tout cas, les documents d’archives ne manquent pas qui attestent que c’est ainsi que les Frères comprirent la formule.

Pourquoi la gratuité ?

Le passage de la "Méditation" n° 194 cité ci-dessous permet de le comprendre. Cela tient évidemment à la clientèle habituelle des premières écoles lasalliennes. Les artisans et les pauvres ne disposaient pas des ressources nécessaires pour payer des maîtres d’école. Généralement au seuil de la survie, ils devaient assurer d’abord l’essentiel, la nourriture.

Leur seule chance était de trouver une école gratuite qui veuille bien accepter leurs enfants. La Salle avait conscience de celle situation, s’efforçait d’y apporter une réponse. Distribuer ses biens aux pauvres était une solution ponctuelle, les former contribuait à assurer leur promotion socioéconomique à long terme.

La gratuité de ses écoles était donc immédiatement liée à des conditions socioéconomiques précaires et instables.

En conséquence, il proscrivait toutes formes de scolarités au niveau communautaire et toutes sortes de cadeaux ou présents au niveau individuel. Ne rien accepter, ne rien recevoir, des élèves ou des parents devint un autre principe... Parce que son projet d’école allait bien au-delà de la simple instruction et visait l’annonce de l'Évangile aux enfants, La Salle voyait dans la gratuité une dimension théologique et pastorale essentielle. Le critère fondamental en était la réalisation du salut, à la lumière de la gratuité de Dieu, en Jésus-Christ. Annoncer gratuitement l'Évangile devait constituer le plus grande fierté des maîtres (cf. MR 194.1 et 207.2).

"Méditation" n° 194, 1er point

"Considérez que c’est une pratique qui n’est que trop ordinaire aux artisans et aux pauvres, de laisser vivre leurs enfants à leur liberté comme des vagabonds, qui errent ça et là, pendant qu’ils ne peuvent encore les employer à quelque profession, n’ayant aucun soin des les envoyer aux écoles, tant à cause de leur pauvreté, qui ne leur permet pas de satisfaire des maîtres, qu’à cause qu’étant obligés de chercher du travail hors de chez eux, ils sont comme dans la nécessité de les abandonner.

Les suites cependant en sont fâcheuses car ces pauvres enfants, étant accoutumés pendant plusieurs années à mener une vie fainéante, ont bien de la peine ensuite à s’accoutumer au travail. De plus, fréquentant les mauvaises compagnies, ils y apprennent à commettre beaucoup de péchés, qu’il leur est fort difficile de quitter dans la suite, à cause des mauvaises et longues habitudes qu’ils ont contractées, pendant un si long temps. (MR 194. 1)

Les combats pour la gratuité

Le comportement du Fondateur et divers écrits nous indiquent qu’il ne concevait pas une gratuité fermée. Il refusa de se soumettre à la stricte obligation de n’admettre que les enfants des familles officiellement enregistrées comme pauvres. Il admettait aussi des enfants dont les parents auraient pu payer une scolarité et qui d’ailleurs contribuaient d’une certaine manière au fonctionnement de l’école en payant les livres, plumes et papier pour leurs enfants, tandis que ces fournitures étaient proposées gratuitement aux pauvres.

Saccage dans l'école

Il est intéressant de noter cette gratuité ouverte à tous sans discrimination. La Salle ne voulait pas d’une sorte de ghetto réservé aux seuls indigents. Mais telle n’était pas l’opinion des maîtres des Petites Écoles et des maîtres-écrivains qui tenaient des écoles payantes et en tiraient leur subsistance. Parce que certains de leurs élèves les quittaient pour aller à l’école des Frères, ils s’estimaient économiquement lésés. Et ils avaient raison.

Tel fut le motif des plaintes, accusations, saccages d’écoles, procès qu’ils intentèrent à J-B. de La Salle et aux Frères, et des condamnations qu’ils obtinrent. Pendant deux décennies, ceux-ci demeurèrent inébranlables et ne cédèrent rien de la gratuité pour tous.

Paradoxe : La Salle ouvrait des écoles pour les pauvres - et personne ne lui en faisait grief - mais il dut se battre pour accepter et conserver gratuitement les moins pauvres de sa clientèle.

En conclusion, ces péripéties contribuèrent sans doute à renforcer chez les Frères l’idée que la gratuité était "essentielle à leur Institut". Pourtant, du vivant du Fondateur, ils ne firent pas le vœu d’enseigner gratuitement, même si leur but commun était de "tenir ensemble et par association les écoles gratuites". Toutefois, déroger à la gratuité, c’était, à leurs yeux, pervertir la nature profonde de l’Institut, dévier des intentions fondatrices et même provoquer la disparition de l’Institut. C’est l’idée qui courut pendant trois siècles

2.

"La conduite des écoles"
Gratuité scolaire et service des pauvres : le refus de la ségrégation

Les ennuis des Frères à propos de la "gratuité pour tous" ne disparaissent pas avec la mort de Jean-Baptiste de La Salle.

La Bulle d’approbation (1725) et la nouvelle Règle (1726) vont servir de prétexte à une polémique entre les Frères et certaines autorités civiles, par suite d’une simple ambiguïté de langage.

Les ravages de l’ambiguïté

Notons la petite différence entre les deux paragraphes de la Bulle cités ici "enseigner gratuitement les enfants" (5°) et "enseigner gratuitement les pauvres" (9°). Cela peut paraître un détail incroyable : cette double formule va entretenir une querelle entre l’Institut et les autorités civiles françaises pendant 250 ans.

Pourquoi ? À partir de l’exemple du Fondateur, de la pratique antérieure de l’Institut et de leur propre expérience, les Frères optent pour l’interprétation large : l’enseignement qu’ils dispensent doit être gratuit pour tous. Et ils n’en démordront pas. Au contraire, certaines municipalités et, plus tard, le ministère lui-même, soucieux à la fois de scolariser les enfants relevant de leur juridiction, de préserver les maigres ressources du budget communal ou national, tout en profitant de l’efficacité pédagogique des Frères, estiment que la gratuité doit être réservée aux seuls pauvres et que les familles plus aisées devraient payer une contribution scolaire.

Les Frères choisissent l’article 5 et le reprennent dans le chapitre XIX de leur Règle de 1726 qui explique "ce à quoi obligent les vœux" qu’ils émettent.

Bulle de N. S.-P. le pape Benoît XIII approuvant les Règles et
l’Institut des Frères des Écoles Chrétiennes (1725)

Cinquièmement : Que les dit Frères enseignent gratuitement les enfants, et qu’ils ne reçoivent ni argent ni présents offerts par les élèves ou par leurs parents. Neuvièmement : Que les vœux des Frères soient de chasteté, de pauvreté, d’obéissance, de stabilité dans ledit Institut, et d’enseigner gratuitement les pauvres.
Premières escarmouches

Les adversaires sont encore parfois des groupes de maîtres qui tirent leur subsistance d’un enseignement payant et s’irritent de voir une partie de leur clientèle déserter leurs classes pour se réfugier dans les écoles gratuites des Frères.

Lecture et écriture

Des Conseils municipaux font appel aux Frères, mais se sentent comptables du budget municipal... Des responsables locaux, pénétrés de l'anticléricalisme de la philosophie des "Lumières", trouvent que les Frères coûtent trop cher à la commune, même quand ils se contentent de rémunérations minimales.

Les autorités civiles semblent bien connaître les textes normatifs et les pratiques des Frères. Elles savent par exemple, que les Frères ouvrent des "pensionnats" dans lesquels ils perçoivent une rétribution des bénéficiaires. Est-ce la gratuité absolue ? Elles essaient donc de mettre au point des stratagèmes qui devraient ménager les convictions sourcilleuses des Frères. Elles proposent, par exemple, de fixer et percevoir elles-mêmes les contributions des familles aisées, de décider qui doit payer et qui est exempté, puis de délivrer un billet d’admission à tous les élèves, sans que les Frères aient à intervenir et sans qu’ils sachent qui paie et qui est exempté.

Mais cela ne réussit pas à convaincre les Supérieurs de l’Institut.

Le recours aux experts

Comme les escarmouches se multiplient et qu’aucun ces deux camps ne semble disposé à céder, l’idée vient aux Frères de demander l'arbitrage d’experts. Jusqu’à la Révolution de 1789, ce rôle échoit aux théologiens de la Sorbonne, et en particulier au "Conseil de conscience". Les Frères et la Municipalité de Boulogne-sur-Mer sont d’accord pour effectuer ce recours et chacune des deux parties soumet son propre "mémoire" dans lequel il présente ces arguments.

Après examen des textes, (Bulle, Règle, Formule et explication des vœux), les experts estiment que la formule des vœux des Frères donne plus d’extension que la Bulle à la gratuité, ainsi que les Règles et Constitutions et la pratique constante. Comme les Frères, ils admettent que la gratuité absolue est une garantie de la conservation de l’Institut.

Donc le "Vœu que font les Frères d’enseigner gratuitement comprend indistinctement dans son objet tous les écoliers pauvres et riches"

Telle est leur dernière conclusion en 1783.

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Le sens de ce combat

Après plus de deux siècles, cette lutte pourrait paraître dérisoire. Il faut y regarder de plus près. La position tenace de l’Institut s’explique :

  • Par la volonté de fidélité à la pensée et à l’action du Fondateur. C’est indéniable et c’est ce que rappellent de nombreux documents utilisés pendant les affrontements.
  • Par un réel souci du peuple, des pauvres. Cela fait parte de l’identité de l’Institut et de la conscience qu’il a de sa mission. Sa clientèle prioritaire, ce sont les indigents, les artisans et le menu peuple. Cette humble obstination contraste avec les déclarations méprisantes de quelques beaux esprits dits "éclairés". Les statistiques du XVIIIème siècle attestent que ce service des pauvres est bien réel, un service que personne d’autre ne propose gratuitement.
  • Le type d’école des Frères n’a guère changé depuis le temps du Fondateur. Il s’agit essentiellement d’écoles primaires gratuites, dans lesquelles, pour répondre à des besoins ou à des demandes, on n’hésite pas à enrichir les programmes de matières nouvelles : géométrie, dessin, architecture, hydrographie... Bien que l'État n’ait pas encore pris en charge l’enseignement, on peut affirmer que les Frères ont conscience d’œuvrer dans des écoles "publiques gratuites".

Distribution de nourriture
Le "Grand Siècle" est un mélange
de richesse et de pauvreté,
d'abondance et de famine...

  • Il nous est très facile de comprendre aujourd’hui l’importance de ce refus de ségrégation entre pauvres et riches, (cette tentation apparaîtra parfois au XIXème siècle), ce refus des Frères de s’immiscer dans la situation économique des familles, de comprendre aussi que ce mélange de mieux sociaux est déjà un bon creuset social. Certes, la clientèle scolaire vient uniquement du Tiers-État, pour des raisons diverses, mais ce mélange permet d’atténuer les nombreux cloisonnements qui caractérisaient la société de l’Ancien Régime.
  • En tout cas, le souci porte sur la pauvreté économique. On a l’impression que les autres formes de pauvreté, pourtant bien présentes dans les écrits du Fondateur, n’effleurent guère dans les documents du XVIIIème siècle. Une pauvreté économique partagée par les Frères eux-mêmes, dont les conditions de vie frisent la misère et ne dépassent jamais le nécessaire. Une pauvreté voulue, acceptée, mais aussi parfois imposée par les autorités qui rémunèrent les Frères.

En conclusion

Malgré les vicissitudes rencontrées, les Frères de la base et les Supérieurs dans leurs responsabilités demeurent combatifs pendant tout le XVIIIème siècle. Et ils réussissent à préserver la gratuité pour tous. Mais la Révolution va imposer une trêve. Trêve forcée puisque l’Institut est supprimé et ses membres dispersés.

Une trêve mais pas la paix : l’Institut renaissant au XIXème siècle devra reprendre le combat ce la gratuité

3.

"La conduite des écoles"
Gratuité scolaire et service des pauvres : la bataille perdue de la gratuité

"Vous savez, Mon Très Cher Frère, que la gratuité des écoles a toujours été absolument essentielle à notre Congrégation ; que nous n'avons jamais accepté aucun établissement sans cette parfaite gratuité. En conséquence, je vous enjoins très expressément de vous opposer formellement à une pareille innovation (i.e. la rétribution scolaire) et d'abandonner plutôt l'établissement si l'on voulait introduire un usage si contraire aux principes établis dans notre Congrégation"

Lettre du F. Frumence, Vicaire Général de l'Institut, septembre 1809

La gratuité retrouvée

Dés le début du 19ème siècle, des Frères, partis en Italie ou sécularisés sur place, commencent à se regrouper en diverses villes de France afin de reconstituer l'Institut et reprendre des écoles. Reconnu officiellement en 1808 et intégré dans l'université, l'Institut peut s'adonner à sa tâche préférée : l'enseignement des "écoles publiques gratuites".
Cette gratuité retrouvée, on va s'y accrocher malgré les ennuis qui ne tardent pas à surgir. Ce type d'école semble le meilleur moyen pour atteindre les pauvres et les éduquer chrétiennement

La menace de la rétribution scolaire

1830 voit un changement de régime politique en France. La bourgeoisie triomphe. L'économique prend le pas sur les autres aspects de la vie sociale, l'essor industriel appelle un gros effort de scolarisation.

Tous les enfants

La loi Guizot de 1833 constitue une étape essentielle dans l'organisation du système scolaire, surtout au niveau primaire. Malgré une contribution croissante aux dépenses d'enseignement, le Gouvernement et les autorités locales ne peuvent subvenir aux besoins. D'où l'idée - pas si neuve - d'imposer une contribution financière aux familles. C'est la naissance de la rétribution qui se répand dans les écoles publiques. Grand émoi dans l'Institut. Au nom du sacro-saint principe de la gratuité pour tous, il faut reprendre le combat pour que la rétribution n'entre pas dans nos écoles, fussent-elles publiques, et c'est la majorité. Tant pis si elles sont une exception dans l'ensemble du système scolaire

La lutte pour la gratuité

Constitutions de dossiers, rédaction de mémoires, échanges de lettres avec des ministres... L'Institut veut absolument préserver sa spécificité qu'il perçoit comme son identité et une condition de sa survie face à des gouvernements bien déterminés à imposer leurs décisions. Le bras de fer entre le Frère Philippe (Supérieur Général) et les ministres de l'Éducation, Rouland et Fortoul, au début ou Second Empire, illustre bien ce combat.

Réapparaît une argumentation très semblable à celle du 18ème siècle, autour de l'alternative gratuité pour tous ou gratuité pour les seuls indigents.

Il serait trop long de rappeler ici tous les épisodes de cette polémique. Elle se poursuit du Premier à la fin ou Second Empire, avec une pointe de 40 ans, de 1830 à 1870. La diatribe frise parfois le chantage : si vous nous obligez à introduire la rétribution, disent les Frères, nous quitterons les écoles. Et cela se fait effectivement. Quand les autorités les prennent au mot, ils sont obligés d'ouvrir des "écoles privées" soutenues par des souscriptions ou de généreux 'fondateurs'. Mais ces écoles sont ouvertes gratuitement à tous.


Le tournant de 1854

Les archives montrent clairement que les Frères espèrent toujours que la situation va changer et qu'ils retrouveront les conditions antérieures. Apparemment, ils ne savent pas que l'histoire ne repasse jamais les mêmes plats. À mesure que le temps passe, les cas de retraits se multiplient, mas les autorités ne cèdent pas. Peut-être faut-il revoir la position de l'Institut. Mais comme il s'agit des textes fondateurs, approuvés par le Saint-Siège, rien ne peut se faire sans l'autorisation de celui-ci.

Commence alors la série des 'Suppliques' adressées au pape en vue d'obtenir les "indults" nécessaires pour déroger à la pratique traditionnelle. Pas seulement en France, mais dans l'ensemble de l'Institut de l'époque.

On acceptera donc, à titre provisoire, que les familles aisées paient une rétribution, à condition que les Frères ne la perçoivent pas.

Le provisoire ayant tendance à durer, l'Institut devra composer aussi sur cette dernière restriction

Amère conclusion

La situation ne s'améliore pas avec la IIIème République. Les responsables de l'Éducation, adeptes d'un positivisme anticlérical, veulent diminuer l'influence de l'Église et des Congrégations dans l'Enseignement.

La loi de 1881 instaure la gratuité pour tous dans les écoles publiques ; la loi de 1882, celle de la laïcisation des programmes d'enseignement, même s'il y a encore des congréganistes qui y enseignent ; la loi de 1886 exclut les congréganistes de l'enseignement primaire public et finalement, la lui de 1904 interdit l'enseignement aux congrégations en France.

Ironie de histoire : les Frères qui luttaient pour la gratuité pour tous dans les écoles publiques en ont été expulsés et doivent ouvrir des écoles privées payantes ! Ceux qui avaient imposé la rétribution dans les écoles publiques les proclament maintenant gratuites pour tous !

Le Droit et les faits

L'action de l'Institut et ses préoccupations ne se réduisent pas à cette longue bataille juridique. La lutte a mobilisé surtout les 'appareils', mais il n'est pas sûr que la base en avait clairement connaissance. Les Frères poursuivent leur travail au service des pauvres et créent de nouveaux champs d'action.

C'est même surprenant. Si la majorité d'entre eux travaillent dans des écoles primaires gratuites, l'apparition de besoins nouveaux, générés par l'évolution socio-économique, inspire de nouvelles réponses au bénéfice des enfants, des jeunes ou des adultes : les premiers orphelinats tenus par l'Institut, actions dans les prisons, premières écoles pour sourds-muets, création de cours de midi pour jeunes apprentis, classes du soir et de nuit pour ouvriers adultes,

alphabétisation des conscrits ou des soldats, premiers centres d'agriculture et horticulture, regroupement et éducation des petits ramoneurs, premières associations de travailleurs qui préfigurent les syndicats chrétiens, multiplication des patronages, réunions dominicales de jeunes ou d'adultes, "œuvres de persévérance", etc...

Innvation pédagogique : enseignement technique

Un bel ensemble qui fait du XIXème siècle une période de grande créativité pour l'Institut dans la ligne du service éducatif des pauvres car toutes les innovations énumérées ci-dessus concernent des milliers, voire des dizaines de milliers de bénéficiaires.

En conclusion

 Avec le recul du temps, on peut se demander si la position défendue par l'Institut n'était pas trop étroite, s'il n'a pas eu tort de se crisper sur la seule gratuité, provoquant ainsi des ressentiments dont il a dû payer le prix à partir de 1880. L'impression qu'on peut avoir, c'est que l'Institut pensait pouvoir continuer sa mission comme une organisation en soi, déconnectée des réalités mouvantes de la société. N'eut-il pas mieux valu adopter le cheminement inverse : analyser les réalités et s'ingénier à modifier les textes pour répondre aux besoins nouveaux d'une société en évolution

Pour plus d'information et de nouvelles, connecter http://www.lasalle-fec.org/nouv_pages.htm

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